→ Données techniques
Titre original : Senjō no onnatachi [戦場の女たち]
Titre anglais : Daughters of war
Réalisatrice : SEKIGUCHI Yuka 関口祐加
Année : 1989
Durée : 55 min.
Pays : Japon, Australie
Langue : japonais, anglais, tok pisin et hiri motu
Sous-titres : français (par Emmy Piresse)
Image : Chris OWEN, SHIMIZU Yoshio 清水良雄
Son : SEKIGUCHI Yuka, TAKIZAWA Osamu 滝沢修
Montage : SEKIGUCHI Yuka, KOIKE Masato 小池征人, SHIMIZU Chieko 清水千恵子
Musique : KOMURO Hitoshi 小室等
Production : SEKIGUCHI Yuka, Tenchijin productions (Australie)
Producteurs associés : Chris OWEN, YAMAGAMI Tetsujirō 山上徹二郎
Distribution : SIGLO Co., LTD (Tokyo)
→ Synopsis
Pour le gouvernement japonais d’alors, la guerre du Pacifique de 1941 à 1945 ne constituait qu’un volet de la « Grande Guerre d’Asie orientale ». Celle-ci se voulait une entreprise de libération de l’Asie et du Pacifique des chaînes économiques du colonialisme européen, visant à instaurer la « Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale ». Au cours de cette guerre, la campagne de Nouvelle-Guinée (janvier 1942 – août 1945) oppose les armées australiennes et états-uniennes aux forces japonaises. On estime qu’environ 140 000 soldats japonais trouveront la mort en Papouasie–Nouvelle-Guinée, et que seuls 11 000 d’entre eux regagneront le Japon. Longtemps considérée comme une « guerre oubliée », cette campagne, tout comme ses vétérans, n’a jamais bénéficié d’une véritable reconnaissance publique au Japon. Fruit de sept années de travail, Les Filles de la guerre donne la parole aux habitants de Papouasie–Nouvelle-Guinée, et en particulier aux femmes, qui ont payé le plus lourd tribut durant les trois années d’occupation japonaise. Leurs témoignages, rares et précieux, révèlent les violences et les mauvais traitements infligés par l’armée aux populations civiles, tout en levant le voile sur la question des « femmes de réconfort ». Recrutées sous de faux prétextes – promesses d’emplois en usine – ces femmes, majoritairement coréennes, furent réduites à l’esclavage sexuel au service des troupes. Œuvre pionnière, Les Filles de la guerre compte parmi les premiers films japonais à apporter des éléments concrets sur le système des femmes de réconfort mis en place par le gouvernement japonais. En donnant voix aux civils contraints de survivre dans un véritable enfer, le film met en lumière une mémoire longtemps invisibilisée et rappelle que, pour nombre de victimes, les souffrances occasionnées par la guerre ont perduré après 1945.
→ La réalisatrice
Originaire de Yokohama, SEKIGUCHI Yuka est une anthropologue, écrivaine et réalisatrice japonaise. Diplômée de l’Université internationale de Tokyo en 1982, elle poursuit ses études à l’Australian National University (Canberra, Australie), où elle se spécialise en relations internationales. C’est au cours de ces études qu’elle découvre le cinéma documentaire, vers lequel elle s’oriente alors. En 1985 elle produit et réalise une première version vidéo de 20 minutes de Les Filles de la guerre. Tandis qu’elle poursuit ses recherches, elle travaille aussi comme assistante-monteuse auprès de figures majeures du documentaire australien, telles que Dennis O’Rourke ou Andrew Pike, réalisateur et fondateur de la société de distribution Ronin Films. On lui doit aussi la traduction anglaise des notes de production de L’armée de l’empereur s’avance [Yuki yukite shingun ゆきゆきて、神軍, 1987], documentaire réalisé par HARA Kazuo 原一男. En 1989 elle achève une version moyen-métrage de Les Filles de la guerre, signé alors sous le nom : SEKIGUCHI Noriko 関口典子. Son film est largement primé : il reçoit notamment le Grand Prix du documentaire au Festival international du film de Melbourne ainsi que le prix du meilleur documentaire historique au Festival international du film de San Francisco. Il est également sélectionné en compétition au 12ᵉ Festival international de films de femmes de Créteil et projeté en 1990 lors de la rétrospective « Le documentaire japonais » de la 20ᵉ édition du Cinéma du Réel. En 1992, elle réalise When Mrs. Hegarty Comes to Japan, un documentaire dans lequel elle explore avec finesse et humour les relations interculturelles. Enseignant la réalisation dans plusieurs universités et écoles de cinéma australiennes, elle poursuit en parallèle son travail de cinéaste et réalise en 2007 Fat Chance, documentaire intime retraçant six mois d’efforts intensifs pour retrouver la forme à l’approche de son cinquantième anniversaire. Le film reçoit en 2009 le prix de l’Association des bibliothèques états-uniennes. En janvier 2010, confrontée aux premiers signes de démence de sa mère Hiroko, elle met en pause ses activités professionnelles et retourne au Japon pour se consacrer à elle, après avoir vécu vingt-neuf ans en Australie. Elle filme leur quotidien et réalise la série documentaire Chaque jour, c’est Alzheimer [Mainichi ga arutsuhaimā 毎日がアルツハイマー], dans laquelle elle aborde la maladie avec un regard singulier, mêlant humour, tendresse et lucidité. En 2011, elle fonde la société de production NY GALS FILMS avec la réalisatrice SHIBUYA Nobuko 渋谷昶子, spécialiste reconnue du secteur. Au Japon, la société Siglo s’associe à la production et à la distribution de sa série documentaire. En 2014 sort Chaque jour, c’est Alzheimer 2 – La réalisatrice Sekiguchi part en Angleterre [Mainichi ga arutsuhaimā 2 : Sekiguchi kantoku, Igirisu e iku hen 毎日がアルツハイマー2〜関口監督、イギリスへ行く編〜] et en 2018 le dernier volet : Chaque jour c’est Alzheimer : La fin, le moment de la mort [Mainichi ga Alzheimer : The Final Saigo ni shinutoki 毎日がアルツハイマー ザ・ファイナル 最期に死ぬ時]. SEKIGUCHI Yuka accompagne sa mère pendant neuf ans et neuf mois, jusqu’au décès de celle-ci en 2019, poursuivant une réflexion profondément humaine sur la démence, le vieillissement et les liens familiaux.