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Bordeaux Fenêtres sur le Japon 2025-2026 Paris Prochaines projections

Adieu, logement public [さようならUR], de HAYAKAWA Yumiko

Projection le 7 avril 2026 (Bordeaux)

Projection le mardi 7 avril 2026 (heure à confirmer) au Cinéma Utopia (5 Place Camille Jullian, 33000 Bordeaux). La projection sera suivie d’une discussion avec la réalisatrice.

Projection le 8 avril 2026 (Paris)

Projection le mercredi 8 avril 2026 à 18 h dans l’amphithéâtre 8 de l’INALCO (65 rue des Grands Moulins, Paris 13e). La projection sera suivie d’une discussion avec la réalisatrice.

Données techniques

Titre original : Sayonara UR [さようならUR]
Titre anglais : Goodbye UR – Japanese Social Housing Crisis
Réalisatrice : HAYAKAWA Yumiko 早川由美子
Année : 2011
Durée : 73 min.
Pays : Japon
Langue : japonais
Sous-titres : français
Image : HAYAKAWA Yumiko
Son : HAYAKAWA Yumiko
Montage : HAYAKAWA Yumiko
Musique : Sage, OKA Yūko 岡ゆう子, Hou
Production : Petite Adventure Films

Synopsis

Le bâtiment 73 de la résidence Takahatadai, gérée par l’Agence de renaissance urbaine (UR) – l’organisme issu des transformations de la Régie japonaise du logement – à Hino (métropole de Tokyo), est voué à la démolition en raison d’une résistance sismique jugée trop faible. Jusqu’alors, les résidents avaient été informés par l’Agence que des travaux de renforcement parasismique seraient effectués. Ils sont donc stupéfaits par ce revirement soudain.

Le bâtiment est-il réellement dangereux ? Ne peut-on pas le rénover ? Animés par ces questions, les habitants déposent des demandes d’accès à l’information pour obtenir des justifications. Mais les plans de structure sont intégralement censurés et le processus décisionnel reste opaque. Pendant ce temps, l’Agence UR met en place une politique d’expulsion des résidents en partant du principe que l’immeuble sera démoli. Par ailleurs, l’annonce de cette démolition coïncide avec l’appel du gouvernement à réduire le nombre de logements gérés par UR ; en toile de fond, s’agirait-il d’une politique de réduction et de privatisation des complexes d’habitation ? Si l’Agence avait jusqu’alors de fait assumé une fonction sociale importante dans un Japon où le logement public reste insuffisamment développé, l’agence procède dorénavant à la réorganisation et à la réduction des complexes résidentiels sur la base de données chiffrées. Or, en marge de ces équations mathématiques, des vies et des histoires impossibles à résumer par de simples « chiffres » ont pris racine dans ces ensembles d’habitat.

C’est ce que la réalisatrice montre dans son documentaire. La caméra donne à voir et entendre les espoirs d’une résidente lorsqu’elle s’y est installée il y a quarante ans, le désarroi d’un jeune homme qui affirme que ces immeubles sont sa terre natale, l’anxiété dont un résident souffre à cause de l’expulsion, des désaccords familiaux qui émergent autour du départ… Elle suit aussi la vie de celles et ceux qui refusent d’accepter la réponse de l’Agence jugée fallacieuse et continuent de vivre dans le bâtiment 73 même après la date limite imposée. La caméra vient capter avec transparence et sobriété leur quotidien et leurs sentiments.

Ayant découvert cette affaire par hasard, la réalisatrice suit ainsi de près la vie des habitants du complexe résidentiel et mène des entretiens avec des experts du logement, les employés de l’Agence UR, et ira même jusqu’à toquer à la porte du ministère japonais du territoire, des infrastructures, des transports et du tourisme. À travers cette enquête, elle interroge l’avenir du logement public au Japon dans ce documentaire atypique consacré à ce que signifie réellement « habiter ».

La réalisatrice

Née en 1975 dans la région de Tokyo, HAYAKAWA Yumiko est diplômée de la faculté de droit de l’université Seikei (département de Tokyo). Elle a aussi réalisé un Master de journalisme à l’École de journalisme de Londres. Après avoir d’abord travaillé comme fonctionnaire puis employée d’entreprise, elle décide de devenir journaliste et prend la direction du Royaume-Uni en 2007. En parallèle de ses études de journalisme, elle commence à apprendre en autodidacte les techniques de réalisation audiovisuelle. Elle réalise alors en 2009 son premier film, Brian & Co. Parliament Square SW1 [Buraian to nakama tachi pāramento sukuea SW1, ブライアンと仲間たち パーラメント・スクエアSW1], qui suit l’activiste pacifiste Brian Haw devant le Parlement britannique, et qui recevra le Prix du nouveau talent Kuroda Kiyoshi (JCJ) décerné par la Conférence japonaise des journalistes.

Elle rentre au Japon en 2009 et s’installe à Tokyo, où elle poursuit depuis son activité de documentariste et réalise en 2011 Adieu, logement public [Sayōnara UR, さようならUR], consacré aux problèmes du logement public au Japon. Son film remporte le Prix IDEHA de Sky PerfecTV! au Festival international du film documentaire de Yamagata. Parmi ses autres œuvres figurent Mme Kida, le nucléaire et le Japon [Kida-san to genpatsu soshite nihon, 木田さんと原発、そして日本], en 2013, Journal d’Inde : Les femmes du figuier banyan [Indo nikki: gajumaru no ki no onnatachi, インド日記 ガジュマルの木の女たち], en 2016, et Nichinichi Shin: Le village Hinata au début du printemps [Nichinichi shin: sōshun no hinata atarashiki mura, 日々新早春の日向新しき村], en 2020.

Parallèlement à la réalisation de ses propres films, elle organise des ateliers de tournage et de montage en utilisant les smartphones et les caméras vidéo, afin de stimuler et d’aider les citoyens à produire et diffuser de l’information. En 2021, elle reçoit le 4ᵉ Prix des droits humains Pro-Citoyen, qui récompense les organisations et les individus actifs dans les mouvements syndicaux et citoyens. Depuis avril 2025, elle enseigne l’expression audiovisuelle au sein de la faculté de gestion de l’université Seikei.

Bande-annonce sous-titrée en anglais

Cette fiche a été préparée par Mathis Souverain.

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Fenêtres sur le Japon 2025-2026 Orléans Prochaines projections

L’Autre Hiroshima : Les victimes coréennes de la bombe A racontent leur histoire [もうひとつのヒロシマ 아리랑(アリラン)のうた], de PARK Soo-nam

Projection le 4 mars 2026 (Orléans)

Projection mercredi 4 mars à 9 h 30 au cinéma Les Carmes (7 Rue des Carmes, 45000 Orléans). La séance sera suivie d’une discussion avec Mathis Raussin, étudiant en Master Langues et Sociétés, parcours Traduction et communication multilingue à l’université d’Orléans, ayant réalisé le sous-titrage français du film ; et Shimosakai Mayumi, maîtresse de conférences en études japonaises à l’université d’Orléans et spécialiste de la question des Coréens zainichi.

Données techniques

Titre original : Mō hitotsu no Hiroshima – Ariran no uta [もうひとつのヒロシマーアリランのうた]
Réalisatrice : PARK Soo-nam [パク・スナム ou 朴壽南]
Année : 1986
Durée : 58 min.
Pays : Japon
Langue : japonais et coréen
Sous-titres : français (par Mathis Raussin) – Sous-titres réalisés dans le cadre de la formation du Master Langues et Sociétés, parcours Traduction et communication multilingue à l’université d’Orléans
Image : ŌTSU Kōshirō 大津幸四郎, HOSHINO Kin.ichi 星野欣一
Montage : TOMIZUKA Ryōichi 富塚良一
Son : KATTŌ Isamu 甲藤勇
Musique : HARA Masami 原正美
Production : Aoyama Kikaku (Yi Hae-son 李海先), Comité de production La chanson Arirang

Synopsis

Documentaire pionnier, L’Autre Hiroshima : La chanson Arirang met pour la première fois en lumière la réalité longtemps occultée des Coréens victimes des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Estimées à près de 100 000 personnes, ces victimes ont été abandonnées par les gouvernements japonais, nord-coréen et sud-coréen. Fruit de vingt années de recherches, le film a été réalisé au cœur du « bidonville de la bombe atomique » d’Hiroshima. Bénéficiant de la collaboration du célèbre chef opérateur ŌTSU Kōshirō 大津幸四郎, qui a notamment travaillé avec OGAWA Shinsuke 小川紳介 et TSUCHIMOTO Noriaki 土本典昭, la réalisatrice, alors sans expérience cinématographique, a consacré toutes ses économies à ce projet. Elle y a recueilli de précieux témoignages de résidents nord et sud-coréens (zainichi) vivant à Hiroshima, ainsi que de hibakusha sud-coréens venus au Japon pour se faire soigner. À travers ces récits, elle appelle ses compatriotes à prendre conscience qu’« il n’y a pas de 38e parallèle quand il s’agit de la bombe atomique ». La révélation de l’existence de victimes coréennes de la bombe atomique a provoqué une véritable onde de choc au Japon, où les Coréens étaient jusque-là quasiment absents du mouvement pacifiste antinucléaire. Le film a été diffusé dans le cadre de projections autonomes, organisées par des associations locales, dans plus de 300 lieux à travers le pays, réunissant près de 40 000 spectateurs entre 1986 et 1991.

→ Notes de production

« La première fois que je me suis rendue à Hiroshima pour rencontrer d’autres zainichi hibakusha — des survivants coréens de la bombe atomique vivant au Japon —, c’était à l’été 1965. Vingt ans s’étaient écoulés depuis l’explosion de la bombe. Cet été-là, le vingtième également depuis la fin de la colonisation japonaise, la Corée du Sud était en pleine effervescence politique. Après de longues années de négociations autour des dommages subis et du droit à une compensation légale, les gouvernements coréen et japonais étaient parvenus à un accord. En 1965, le Japon conclut un arrangement politique avec le gouvernement provisoire de Park Chung-hee, arrivé au pouvoir après le coup d’État du 16 mai 1961, concernant les quelque 100 000 hibakusha coréens toujours privés de reconnaissance officielle. Cet accord prévoyait deux cents millions de dollars de prêts et trois cents millions de dollars d’aide économique. En Corée, les protestations contre ces “relations étrangères ignominieuses” et contre la ratification de ce “pacte de trahison” se multipliaient et étaient relayées quotidiennement par la presse japonaise. C’est dans ce contexte que je suis arrivée à Hiroshima. Pourtant, ce que j’y ai découvert, ce fut un silence profond, ainsi que l’isolement de mes compatriotes. Aucun d’entre eux n’osait se présenter comme hibakusha. Cinq années se sont écoulées depuis ce premier voyage. Après le rapprochement entre la Corée du Sud et le Japon, les tensions entre le Nord et le Sud s’étaient intensifiées à Hiroshima. J’ai alors lancé un appel à mes compatriotes, organisé les hibakusha coréens et initié un mouvement de témoignage dans la ville. La lutte des hibakusha coréens pour reconquérir leur vie venait de commencer. Ce mouvement a trouvé un écho chez les hibakusha sud-coréens, qui ont pris la parole et fondé l’Association des victimes sud-coréennes de la bombe atomique. Des hibakusha ayant travaillé pour Mitsubishi Heavy Industries, ou ayant été enrôlés de force, ont commencé à m’envoyer des lettres, me demandant de les publier au Japon. En 1973, j’ai rassemblé ces courriers dans un recueil de documents et de témoignages intitulé Corée, Hiroshima et Demi-Japonais (Chōsen Hiroshima han nihonjin 朝鮮・ヒロシマ・半日本人), publié aux éditions Sanseidō. La projection de ce film lors de la Conférence mondiale contre les bombes atomiques et à hydrogène (Gensuibaku kinshi Nihon kokumin kaigi 原水爆禁止日本国民会議) en août 1987 a permis l’adoption d’une résolution affirmant que “le gouvernement japonais doit indemniser les hibakusha coréens bombardés contre leur gré du fait de la colonisation”. Quarante-deux ans après le bombardement, cette reconnaissance est pourtant arrivée bien trop tard. En réponse à ces conclusions, l’Association des victimes sud-coréennes de la bombe atomique a déposé, le 6 décembre de la même année, une demande de compensation de 2,6 milliards de dollars auprès du gouvernement japonais. » (PARK Soo-nam).

→ La réalisatrice

PARK Soo‑nam [パク・スナム ou 朴壽南], née en 1935 au Japon dans une famille de Coréens zainichi [c’est-à-dire installés au Japon], est une écrivaine, réalisatrice et figure majeure du cinéma documentaire engagé. Depuis les années 1960, elle consacre sa vie à documenter les voix et les expériences des Coréens marginalisés au Japon, notamment des survivants de la bombe atomique, des travailleurs forcés et des femmes victimes de l’armée impériale japonaise. Elle s’est d’abord fait connaître par ses ouvrages littéraires, notamment Crime, Mort, et Amour [Tsumi to shi to ai 罪と死と愛] et Recueil complet des lettres de Lee Jin‑woo [Lee Jin‑woo zen shokanshū 李珍宇全書簡集], recueils de sa correspondance avec Lee Jin‑woo, le jeune Coréen condamné à mort dans l’affaire du lycée Komatsugawa en 1958. Ces livres attirèrent l’attention sur les injustices subies par les Coréens zainichi dans la société japonaise. En 1965, PARK entreprend des recherches à Hiroshima sur les conditions de vie réelles des hibakusha coréens, un sujet alors presque absent du débat public. En 1973, elle publie Corée, Hiroshima et Demi‑Japonais [Chōsen Hiroshima han nihonjin 朝鮮・ヒロシマ・半日本人], un recueil de témoignages de hibakusha coréens mettant en lumière la situation de Coréens victimes de la bombe atomique, marginalisés à cause du colonialisme passé et des politiques du gouvernement japonais. En 1986, elle réalise son premier film documentaire, L’Autre Hiroshima : la chanson Arirang. Ce film, fruit de vingt années de recherche sur le terrain, révèle des témoignages jusque‑là invisibilisés et dénonce les conditions de vie difficiles des hibakusha nord et sud-coréens à Hiroshima. En 1991, elle signe La Chanson Arirang : Voix d’Okinawa [Ariran no uta − Okinawa kara no shōgen アリランのうた−オキナワからの証言], un documentaire qui explore l’héritage colonial et la mémoire des Coréens à Okinawa, entre travailleurs forcés et femmes dites « de réconfort ». Le film recueille notamment le témoignage de Pae Pon‑gi, la seule survivante à parler publiquement comme ancienne « femme de réconfort » à l’époque, et anticipe le débat national sur cette question dans les années 1990, mobilisant près de 200 000 spectateurs lors de projections populaires et auto-organisées. Dans les années 2010, PARK réalise plusieurs documentaires approfondissant l’histoire oubliée et les voix silencieuses des Coréens au Japon. En 2012, Nuchigafu — La vie est un trésor : Récits de la bataille d’Okinawa [Nuchigafū (inochi kahō) − gyokusaiba kara no shōgen ぬちがふぅ(命果報)−玉砕場からの証言] recueille des témoignages sur les atrocités vécues par les Coréens pendant la bataille d’Okinawa. En 2017, Le Silence — Les femmes de réconfort se lèvent [Chinmoku − tachiagaru ianfu 沈黙−立ち上がる慰安婦] documente la lutte des femmes coréennes qui furent forcées de servir comme « femmes de réconfort » par l’armée impériale japonaise, donnant une voix aux victimes longtemps réduites au silence. Plus récemment, PARK Soo‑nam a réalisé, avec sa fille PARK Maeui, Les Voix revenantes. Ce documentaire restitue le processus de restauration de son corpus de films en 16 mm et retraçe la vie et l’engagement de la cinéaste. À travers son œuvre littéraire et cinématographique, PARK Soo‑nam a joué un rôle essentiel dans la reconnaissance des histoires marginalisées des Coréens au Japon, combinant recueil de témoignages, préservation de la mémoire collective et engagement politique.

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Fenêtres sur le Japon 2025-2026 Orléans Prochaines projections

Les Filles de la guerre [戦場の女たち], de SEKIGUCHI Yuka

Projection le 4 mars 2026 (Orléans)

Projection mercredi 4 mars à 11 h au cinéma Les Carmes (7 Rue des Carmes, 45000 Orléans). La séance sera suivie d’une discussion avec Emmy Piresse, étudiante en Master Langues et Sociétés, parcours Traduction et communication multilingue à l’université d’Orléans, ayant réalisé le sous-titrage français du film ; et Shimosakai Mayumi, maîtresse de conférences en études japonaises à l’université d’Orléans.

Données techniques

Titre original : Senjō no onnatachi [戦場の女たち]
Titre anglais : Daughters of war
Réalisatrice : SEKIGUCHI Yuka 関口祐加
Année : 1989
Durée : 55 min.
Pays : Japon, Australie
Langue : japonais, anglais, tok pisin et hiri motu
Sous-titres : français (par Emmy Piresse) – Sous-titres réalisés dans le cadre de la formation du Master Langues et Sociétés, parcours Traduction et communication multilingue à l’université d’Orléans
Image : Chris OWEN, SHIMIZU Yoshio 清水良雄
Son : SEKIGUCHI Yuka, TAKIZAWA Osamu 滝沢修
Montage : SEKIGUCHI Yuka, KOIKE Masato 小池征人, SHIMIZU Chieko 清水千恵子
Musique : KOMURO Hitoshi 小室等
Production : SEKIGUCHI Yuka, Tenchijin productions (Australie)
Producteurs associés : Chris OWEN, YAMAGAMI Tetsujirō 山上徹二郎
Distribution : SIGLO Co., LTD (Tokyo)

Synopsis

Pour le gouvernement japonais d’alors, la guerre du Pacifique de 1941 à 1945 ne constituait qu’un volet de la « Grande Guerre d’Asie orientale ». Celle-ci se voulait une entreprise de libération de l’Asie et du Pacifique des chaînes économiques du colonialisme européen, visant à instaurer la « Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale ». Au cours de cette guerre, la campagne de Nouvelle-Guinée (janvier 1942 – août 1945) oppose les armées australiennes et états-uniennes aux forces japonaises. On estime qu’environ 140 000 soldats japonais trouveront la mort en Papouasie–Nouvelle-Guinée, et que seuls 11 000 d’entre eux regagneront le Japon. Longtemps considérée comme une « guerre oubliée », cette campagne, tout comme ses vétérans, n’a jamais bénéficié d’une véritable reconnaissance publique au Japon. Fruit de sept années de travail, Les Filles de la guerre donne la parole aux habitants de Papouasie–Nouvelle-Guinée, et en particulier aux femmes, qui ont payé le plus lourd tribut durant les trois années d’occupation japonaise. Leurs témoignages, rares et précieux, révèlent les violences et les mauvais traitements infligés par l’armée aux populations civiles, tout en levant le voile sur la question des « femmes de réconfort ». Recrutées sous de faux prétextes – promesses d’emplois en usine – ces femmes, majoritairement coréennes, furent réduites à l’esclavage sexuel au service des troupes. Œuvre pionnière, Les Filles de la guerre compte parmi les premiers films japonais à apporter des éléments concrets sur le système des femmes de réconfort mis en place par le gouvernement japonais. En donnant voix aux civils contraints de survivre dans un véritable enfer, le film met en lumière une mémoire longtemps invisibilisée et rappelle que, pour nombre de victimes, les souffrances occasionnées par la guerre ont perduré après 1945.

→ La réalisatrice

Originaire de Yokohama, SEKIGUCHI Yuka est une anthropologue, écrivaine et réalisatrice japonaise. Diplômée de l’Université internationale de Tokyo en 1982, elle poursuit ses études à l’Australian National University (Canberra, Australie), où elle se spécialise en relations internationales. C’est au cours de ces études qu’elle découvre le cinéma documentaire, vers lequel elle s’oriente alors. En 1985 elle produit et réalise une première version vidéo de 20 minutes de Les Filles de la guerre. Tandis qu’elle poursuit ses recherches, elle travaille aussi comme assistante-monteuse auprès de figures majeures du documentaire australien, telles que Dennis O’Rourke ou Andrew Pike, réalisateur et fondateur de la société de distribution Ronin Films. On lui doit aussi la traduction anglaise des notes de production de L’armée de l’empereur s’avance [Yuki yukite shingun ゆきゆきて、神軍, 1987], documentaire réalisé par HARA Kazuo 原一男. En 1989 elle achève une version moyen-métrage de Les Filles de la guerre, signé alors sous le nom : SEKIGUCHI Noriko 関口典子. Son film est largement primé : il reçoit notamment le Grand Prix du documentaire au Festival international du film de Melbourne ainsi que le prix du meilleur documentaire historique au Festival international du film de San Francisco. Il est également sélectionné en compétition au 12ᵉ Festival international de films de femmes de Créteil et projeté en 1990 lors de la rétrospective « Le documentaire japonais » de la 20ᵉ édition du Cinéma du Réel. En 1992, elle réalise When Mrs. Hegarty Comes to Japan, un documentaire dans lequel elle explore avec finesse et humour les relations interculturelles. Enseignant la réalisation dans plusieurs universités et écoles de cinéma australiennes, elle poursuit en parallèle son travail de cinéaste et réalise en 2007 Fat Chance, documentaire intime retraçant six mois d’efforts intensifs pour retrouver la forme à l’approche de son cinquantième anniversaire. Le film reçoit en 2009 le prix de l’Association des bibliothèques états-uniennes. En janvier 2010, confrontée aux premiers signes de démence de sa mère Hiroko, elle met en pause ses activités professionnelles et retourne au Japon pour se consacrer à elle, après avoir vécu vingt-neuf ans en Australie. Elle filme leur quotidien et réalise la série documentaire Chaque jour, c’est Alzheimer [Mainichi ga arutsuhaimā 毎日がアルツハイマー], dans laquelle elle aborde la maladie avec un regard singulier, mêlant humour, tendresse et lucidité. En 2011, elle fonde la société de production NY GALS FILMS avec la réalisatrice SHIBUYA Nobuko 渋谷昶子, spécialiste reconnue du secteur. Au Japon, la société Siglo s’associe à la production et à la distribution de sa série documentaire. En 2014 sort Chaque jour, c’est Alzheimer 2 – La réalisatrice Sekiguchi part en Angleterre [Mainichi ga arutsuhaimā 2 : Sekiguchi kantoku, Igirisu e iku hen 毎日がアルツハイマー2〜関口監督、イギリスへ行く編〜] et en 2018 le dernier volet : Chaque jour c’est Alzheimer : La fin, le moment de la mort [Mainichi ga Alzheimer : The Final Saigo ni shinutoki 毎日がアルツハイマー ザ・ファイナル 最期に死ぬ時]. SEKIGUCHI Yuka accompagne sa mère pendant neuf ans et neuf mois, jusqu’au décès de celle-ci en 2019, poursuivant une réflexion profondément humaine sur la démence, le vieillissement et les liens familiaux.

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Festival 2025 Paris Programme de l’édition 2025

Programme du festival 2025

L’édition 2025 du festival Fenêtres sur le Japon se tiendra les vendredi 21 et samedi 22 novembre 2025 à Paris, dans le treizième arrondissement. Les projections auront lieu le vendredi 21 novembre dans l’auditorium de l’INALCO (65 rue des Grands Moulins, Paris 13e). Le 22 novembre, elles auront lieu dans l’amphithéâtre Buffon du campus des Grands Moulins de l’Université Paris Cité (au RdC du bâtiment Buffon – l’entrée se trouve au 15 rue Hélène Brion). Pour plus de détails, voir Festival 2025 : détails pratiques.

L’entrée est libre, gratuite et sans inscription, dans la limite des places disponibles. Toutes les projections seront suivies de discussions. Du fait de l’application du plan Vigipirate, l’Inalco peut demander aux visiteurs de présenter une pièce d’identité et de s’inscrire sur un registre avant de pouvoir entrer – précisez que vous venez pour assister au festival qui se tient dans l’auditorium…

→ Vendredi 21 novembre 2025

9 h – 12 h 45
Les Voix revenantes [되살아나는 목소리], de PARK Soo-nam & PARK Maeui (vost français, 142 min.). La projection sera suivie d’une discussion animée par Aki Yoshida (Inalco).

Affiche Les Voix revenantes

14 h 45 – 18 h
Being Kazue [かづゑ的], de KUMAGAI Hiroko (vost anglais, 119 min.). La projection sera suivie d’une discussion animée par Isabelle Konuma (Inalco).

Being Kazue affiche

18 h 30 – 21 h 15
Two Moms [ふたりのまま], de NAGAMURA Satoko (vost anglais, 89 min.). La projection sera suivie d’une discussion animée par Aline Henninger (université d’Orléans).

Affiche Two Moms

→ Samedi 22 novembre 2025

9 h 15 – 12 h 45
Close to the Bone [骨を掘る男], d’OKUMA Katsuya (vost français, 115 min.). La projection sera suivie d’une discussion en visioconférence avec le réalisateur, animée par Constance Sereni (université de Genève). L’interprétariat sera assuré par Makiko Andro-Ueda (Inalco) et Aki Yoshida (Inalco).

14 h 45 – 18 h 15
War Clouds [戦雲], de MIKAMI Chie (vost anglais, 132 min.). La projection sera suivie d’une discussion animée par Constance Sereni (université de Genève).

War Clouds

17 h – 18 h 30
Délibérations du jury

18 h 30 – 19 h 30
Remise des prix et clôture du festival

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Festival 2025 Films sélectionnés pour l’édition 2025 Paris

War Clouds [戦雲], de MIKAMI Chie

Données techniques

Titre original : Ikusafumu [戦雲]
Réalisatrice : MIKAMI Chie [三上智恵]
Année : 2024
Durée : 123 min.
Pays : Japon
Langues : japonais
Sous-titres : anglais
Production : HASHIMOTO Yoshiko [橋本佳子], KINOSHITA Shigeki [木下繁貴]
Narration : YAMAZATO Setsuko [山里節子]
Image : UEZU Yūya [上江洲佑弥]
Montage : AOKI Takafumi [青木孝文]
Musique : KATSUI Yūji [勝井祐二]

Synopsis

Sur les splendides îles d’Okinawa, de Yonaguni, de Miyako, d’Ishigaki et d’Amami-Ōshima, une militarisation accélérée est à l’œuvre sous l’impulsion conjointe des gouvernements japonais et états-unien. Déploiement de missiles des Forces d’autodéfense, expansion massive des dépôts de munitions, construction de bases souterraines, plans d’évacuation de la population : ces territoires deviennent peu à peu le cœur stratégique d’un dispositif de défense préparé pour une éventuelle crise sino-américaine autour de Taïwan. En 2022, les exercices militaires d’envergure Keen Sword 23 et la publication de nouveaux documents de politique de sécurité ont confirmé que Kyūshū et les îles du sud-ouest seraient en première ligne — au prix du sacrifice des habitants. Pourtant, la gravité de la situation demeure largement ignorée des médias comme du grand public. Combien de Japonais savent que les aéroports et les ports civils du pays se transforment en infrastructures militaires ? Quelle est la véritable signification de la « défense nationale » ? Après huit années passées à arpenter les îles du sud-ouest, la caméra de MIKAMI Chie, dévoile, avec lucidité et courage, les mécanismes d’une politique de défense qui, au nom de la sécurité, redessine en profondeur le destin des îles japonaises.

→ La réalisatrice

Originaire de Tokyo, MIKAMI Chie est journaliste, écrivaine et réalisatrice de documentaires japonaise. Diplômée de l’Université de Seijō, où elle étudie la culture populaire d’Okinawa, elle rejoint la chaîne Mainichi Broadcasting System comme présentatrice. En 1995, elle s’installe à Okinawa lors du lancement de Ryukyu Asahi Broadcasting (QAB). Tout en y assurant le poste de présentatrice principale du journal télévisé, elle réalise de nombreux documentaires sur l’histoire, la culture, la nature et la société d’Okinawa. En 2010, elle reçoit le Women in Broadcasting Award, décerné par l’association des femmes japonaises travaillant dans la radio et la télévision. Elle fait ses débuts en tant que réalisatrice de cinéma en 2013 avec la version cinématographique de The Targeted Village [Hyōteki no mura 標的の村], qui retrace la lutte des habitants de Takae contre la construction d’héliports militaires américains. En 2014, elle devient indépendante et, l’année suivante, réalise We Shall Overcome [戦場ぬ止み], sélectionné lors de la 10ᵉ édition du Festival Kinotayo, qui explore les conflits autour de la construction de la nouvelle base américaine à Henoko. En 2018, elle co-réalise Boy Soldiers: The Secret War in Okinawa [沖縄スパイ戦史], révélant le destin tragique de lycéens mobilisés comme espions par l’armée japonaise durant la bataille d’Okinawa. Son dernier long-métrage documentaire, War Clouds, poursuit son exploration des enjeux géopolitiques et sociaux affectant les îles du sud-ouest du Japon.

Bande annonce en japonais sans sous-titres

Ce film fait partie des 5 documentaires sélectionnés pour le festival Fenêtres sur le Japon 2025. Il sera projeté le samedi 22 novembre 2025 à 14 h 45 dans l’amphithéâtre Buffon du campus des Grands Moulins de l’université Paris-Cité (au RdC du bâtiment Buffon – l’entrée se trouve au 15 rue Hélène Brion, Paris 13e). La projection sera suivie d’une discussion avec Constance Sereni (université de Genève).

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Festival 2025 Films sélectionnés pour l’édition 2025 Orléans Paris Prochaines projections

Close to the Bone [骨を掘る男], d’OKUMA Katsuya

Projection le 6 mars 2026 (Orléans)

Projection vendredi 6 mars à 16 h 30 au cinéma Les Carmes (7 Rue des Carmes, 45000 Orléans). La séance sera suivie d’une discussion avec Mayumi Shimosakai, maîtresse de conférences en études japonaises à l’université d’Orléans. (Possibilité de réserver un bentō pour après la séance, 18 h 30.)

→ Données techniques

Titre original : Hone o horu otoko [骨を掘る男]
Réalisateurs : OKUMA Katsuya [奥間勝也]
Année : 2024
Durée : 115 min
Pays : Japon
Langue : japonais, anglais
Production : Moolin Production, Dynamo Production
Image : OKUMA Katsuya
Son : KAWAKAMI Takuya [川上拓也]
Musique : YOSHIHAMA Shō [吉濱翔]
Montage : OKUMA Katsuya
Sous-titres : français

Synopsis

Près de 3 000 dépouilles reposent encore sur l’île principale d’Okinawa, théâtre de la dernière grande bataille terrestre du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, et l’une des plus meurtrières. Elles appartiennent à des habitants et soldats japonais, mais aussi à des Américains, Coréens et Taïwanais. Le gouvernement japonais prévoit pourtant d’utiliser ces décombres pour le remblaiement de la mer afin de construire la nouvelle base militaire de Henoko. Depuis plus de 40 ans, GUSHIKEN Takamatsu [具志堅隆松] collecte les restes des victimes, en ayant retrouvé environ 400 à ce jour. Il se définit comme gamafuyā ガマフヤー (en dialecte d’Okinawa, gama signifie « abri naturel » et fuyā « celui qui creuse »). À partir d’os fragmentés, de bols ou d’éclats de grenades, il distingue soldats et civils, reconstitue leurs derniers instants et leur rend hommage. Ce documentaire d’OKUMA Katsuya, ayant lui-même perdu sa grand-tante lors des combats, décrit comment la recherche de restes et d’archives filmiques contribuent à entretenir la mémoire collective de la guerre. Le film explore l’articulation entre passé, présent et futur, tout en interrogeant notre devoir de mémoire dans un monde marqué par les guerres et les divisions.

Réalisateur

Natif d’Okinawa, après avoir obtenu un master en littérature à l’Université des Ryūkyū, OKUMA Katsuya s’installe à Tokyo. Il est assistant réalisateur sur la séquence okinawaïenne du film Three☆Points [Surī pointo スリー☆ポイント] (2011) réalisé par YAMAMOTO Masashi 山本政志. Il participe à las barcas, média fondé par un collectif de jeunes artistes d’Okinawa. Son moyen-métrage Gift [Gifuto ギフト], fable entre fiction et réalité tournée à Naha, est sélectionné dans la section « New Asian Currents » du Festival international du documentaire de Yamagata 2011, ainsi qu’en compétition internationale du festival Vision du Réel 2012. Each Story [Radakku sorezore no monogatari ラダック それぞれの物語] tourné dans la région du Ladakh, dans le nord de l’Inde, est primé par le Festival international du documentaire de Yamagata 2015. Il a également reçu le prix ATP du meilleur nouveau réalisateur décerné par l’Association des producteurs de programmes télévisés japonais pour Le film fantôme « Hiroshima » renaît aujourd’hui : l’héritage des cinéastes [いま甦る幻の映画『ひろしま』〜受け継がれていく映画人の想い〜 Ima yomigaeru maboroshi no eiga “Hiroshima”~ uketsuga rete iku eiga hito no omoi ~] (2015) diffusé sur la chaîne WOWOW. Ce documentaire revient sur l’histoire de la conception, production et réception de Hiroshima [ひろしま] (1953) de Sekigawa Hideo 関川秀雄 et la transmission de son héritage.

→ Bande-annonce en japonais sans sous-titres

Ce film fait partie des 5 documentaires sélectionnés pour le festival Fenêtres sur le Japon 2025. Il sera projeté le samedi 22 novembre 2025 à 9 h 15 dans l’amphithéâtre Buffon du campus des Grands Moulins de l’université Paris-Cité (au RdC du bâtiment Buffon – l’entrée se trouve au 15 rue Hélène Brion, Paris 13e). La projection sera suivie d’une discussion en visioconférence avec le réalisateur, animée par Constance Sereni (université de Genève). L’interprétariat sera assuré par Makiko Andro-Ueda (Inalco) et Aki Yoshida (Inalco).

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Two Moms [ふたりのまま], de NAGAMURA Satoko

Données techniques

Titre original : Futari no mama [ふたりのまま]
Réalisatrice : NAGAMURA Satoko [長村さと子]
Année : 2025
Durée : 88 min.
Pays : Japon
Langues : japonais
Sous-titres : anglais
Image, montage et réalisation : NAGAMURA Satoko [長村さと子]
Édition et composition : UCHIDA Takashi [内田尭]
Aide à l’édition : AMANE Shinobu [あまねしのぶ]
Cinématographie : TAKAHASHI Yohei [高畑洋平], SUMI Takeshi [澄毅] et TABATA Yumi [タバタユミ]
Production : association Kodomap [一般社団法人こどまっぷ]
Musique : HAYAMA Yasuko [端山泰子黒田京子]

→ Synopsis

Ce documentaire suit le parcours de quatre couples de femmes homosexuelles au Japon alors qu’elles essaient de fonder une famille grâce à la procréation médicalement assistée. Chaque couple est confronté à différentes formes de discrimination et à des défis juridiques. Le film dépeint les joies et les difficultés communes liées au fait de devenir parents, ainsi que les épreuves supplémentaires auxquelles sont confrontées les familles LGBTQ+ dans le Japon contemporain. Ce film a la particularité d’avoir été tourné par une mère lesbienne qui vit elle-même un parcours de parentalité. Il invite les spectateurs à réfléchir à la diversité cachée des familles au sein de la société japonaise.

→ La réalisatrice

NAGAMURA Satoko est née et a grandi à Tokyo. Inspirée par son enfance difficile, Satoko crée et fait vivre des espaces où les personnes peuvent se sentir bien et se retrouver. Elle tient ainsi un bar et un café. En dehors de ses activités professionnelles, elle conseille des femmes célibataires et des couples de même sexe afin de leur garantir l’accès à des soins de santé reproductive sûrs. Elle s’emploie aussi à faire pression sur le gouvernement pour obtenir des changements dans la législation japonaise et assure la coprésidence de l’ONG « Kodomap ».

→ Bande-annonce sous-titrée en anglais

Ce film fait partie des 5 documentaires sélectionnés pour le festival Fenêtres sur le Japon 2025. Il sera projeté le vendredi 21 novembre 2025 à 18 h 30 dans l’auditorium de l’INALCO (65 rue des Grands Moulins, Paris 13e). La projection sera suivie d’une discussion avec Aline Henninger (université d’Orléans).

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Being Kazue [かづゑ的], de KUMAGAI Hiroko

Film primé lors de la 3e édition du festival Fenêtres sur le Japon.

Données techniques

Titre original : Kazue-teki [かづゑ的]
Réalisatrice : KUMAGAI Hiroko [熊谷博子]
Année : 2023
Durée : 119 min.
Pays : Japon
Langues : japonais
Sous-titres : anglais
Production : KUMAGAI Hiroko, Office Kumagai [オフィス熊谷]
Narration et lectures : SAITŌ Tomoko [斉藤とも子]
Image : NAKASHIMA Hiroki [中島広城], OKUI Yoshiya [奥井 義哉], DOI Kayano [土井 かやの]
Son : OKUI Yoshiya [奥井 義哉]
Montage : ŌHASHI Tomiyo [大橋富代]
Musique : KURODA Kyōko [黒田京子]

Synopsis

MIYAZAKI Kazue 宮﨑かづゑ a passé près de 80 ans dans la léproserie Nagashima Aisei-en 長島愛生園, située dans la mer intérieure de Seto, où elle fut admise à l’âge de 10 ans. La maladie lui a coûté doigts, orteils et presque la vue, mais elle continue à faire ses courses et à cuisiner avec l’aide de son entourage. « Je veux laisser derrière moi une image authentique de la vie des patients atteints de la lèpre, sans artifices », affirme-t-elle avec force. Malgré une enfance difficile, l’amour de sa famille et de la littérature lui ont permis de surmonter son désespoir. Elle a ensuite partagé sa vie avec son mari Takayoshi dans un logement pour couples au bord de la mer. Toujours avide de défis, elle apprend l’informatique à 78 ans, et à 84 ans elle publie son premier livre, Le long chemin [Nagai michi 長い道] (2012), plusieurs fois réédité. La documentariste KUMAGAI Hiroko commence à la filmer en 2016 et l’accompagne huit ans durant. Son portrait sensible esquisse un film humaniste, sur fond de discrimination et de politiques d’isolement imposées aux lépreux au Japon de 1907 à 1996.

→ La réalisatrice

Née à Tokyo, KUMAGAI Hiroko est réalisatrice, journaliste reporter d’images, photographe et écrivaine. Elle débute sa carrière en 1975 au sein de la société de production télévisuelle de USHIYAMA Jun.ichi 牛山純一 (1903-1977), réalisateur et producteur pionnier du documentaire TV. Elle y réalise de nombreux reportages sur des thèmes tels que la guerre, la drogue ou les questions sociales. En 1985, elle devient réalisatrice indépendante et tourne par la suite plus d’une cinquantaine de documentaires télévisés. En 1989 elle participe aux côtés de TSUCHIMOTO Noriaki [土本典昭] et d’Abdul LATIF à la réalisation de Printemps afghan [Yomigaere karēzu よみがえれ カレーズ], tourné juste après le retrait soviétique d’Afghanistan. En 1995, elle signe le moyen métrage documentaire Ottensen et Mukōjima, deux quartiers où il fait bon vivre [Fureau machi mukōjima ottenzen monogatari ふれあうまち 向島・オッテンゼン物語], inspiré de sa propre expérience en matière d’éducation des enfants. Son documentaire Les femmes qui font du cinéma [Eiga o tsukuru joseitachi 映画をつくる女性たち] (2004) réalisé pour commémorer le 15e Festival international du film de femmes de Tokyo, retrace les parcours de cinéastes et met en lumière les difficultés rencontrées par les femmes dans l’histoire de l’industrie cinématographique japonaise. Avec Echoes of the Miike Mine [Miike owaranai tankō (yama) no monogatari 三池 終わらない炭鉱(やま)の物語] (2006), lauréat de plusieurs prix, elle retrace l’histoire et interroge l’héritage de la plus grande houillère du Japon. On lui doit également Creuser le Japon avec Yamamoto Sakubei [Sakubēsan to nihon o horu 作兵衛さんと日本を掘る] (2018), documentaire consacré à la vie d’un peintre des mines dont l’œuvre est inscrite au registre international Mémoire du monde de l’UNESCO. Being Kazue [Kazue-teki かづゑ的] (2023) a obtenu le prix Nippon Docs au festival Nippon Connection.

→ Bande-annonce (en japonais avec des sous-titres anglais)

Ce film fait partie des 5 documentaires sélectionnés pour le festival Fenêtres sur le Japon 2025. Il sera projeté le vendredi 21 novembre 2025 à 14 h 45 dans l’auditorium de l’INALCO (65 rue des Grands Moulins, Paris 13e). La projection sera suivie d’une discussion avec Isabelle Konuma (Inalco).

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Les Voix revenantes [되살아나는 목소리], de PARK Soo-nam & PARK Maeui

Film primé lors de la 3e édition du festival Fenêtres sur le Japon.

Projection le 10 février 2026 (Bordeaux)

Projection le mardi 10 février 2026 à 20 h 15 au Cinéma Utopia (5 Pl. Camille Jullian, 33000 Bordeaux). La séance sera suivie d’une discussion avec Guillaume Muller, Maître de conférences en études japonaises à l’université Bordeaux Montaigne.

Données techniques

Titre original : Doesarananeun moksori [되살아나는 목소리]
Titre japonais : Yomigaeru koe [よみがえる声]
Titre anglais : Voices of the Silenced
Réalisatrices : PARK Soo-nam, PARK Maeui
Année : 2023
Durée : 142 min.
Pays : Japon, Corée du Sud
Langue : japonais, coréen
Sous-titres : français
Production : Article Films
Coproduction : Harbin Film, Song of Arirang Production Committee
Image : TERUYA Shinji, PARK Maeui, KIM Im-man, KIM Myeong-yoon, ŌTSU Kōshirō
Son : PYO Yong-Soo
Musique : MI Yeon
Montage : PARK Maeui

→ Synopsis
La cinéaste PARK Soo-nam entreprend, avec sa fille PARK Maeui, Coréenne de deuxième génération au Japon, la restauration numérique de son œuvre documentaire. Pendant une cinquantaine d’années, elle s’était consacrée à filmer en 16 mm le témoignage de dizaines de milliers de victimes coréennes, évoquant leur quotidien au Japon. Au fil de la restauration, ressurgissent les voix des travailleurs forcés, des survivants de la bombe atomique et des « femmes de réconfort », dont l’histoire reprend vie sous nos yeux.

→ Réalisatrices
Née en 1935 au Japon, PARK Soo-nam est l’autrice de The Collected Letters of Lee Jin-woo et de Crime, Death, and Love, deux recueils de sa correspondance avec le meurtrier de l’étudiante du lycée Komatsugawa (1958). En 1965, elle commence à visiter Hiroshima et à enquêter sur les conditions réelles des hibakusha (survivants de la bombe atomique) coréens En 1973, elle publie Korea, Hiroshima, Half-Japanese, recueil de témoignages d’hibakusha coréens. En 1986, elle réalise le documentaire The Other Hiroshima : Korean A-bomb Victims Tell Their Story, qui dénonce les conditions de vie réelles des hibakusha nord et sud coréens. Ce film a fait sensation lors de ses projections au Japon. Elle réalise ensuite, en 1991, Song of Arirang: Voices from Okinawa.

La réalisatrice PARK Maeui est la fille de l’écrivaine et cinéaste PARK Soo-nam. Dès son adolescence, elle collabore avec sa mère à plusieurs productions cinématographiques. Lorsque sa mère perd la vue, elle travaille au montage vidéo et à la restauration numérique de ses films 16 mm. Elle a été coréalisatrice de Nuchigafu – Life is a Treasure « Gyokusai » Stories in the Battle of Okinawa (2012). Elle a monté et produit The Silence (2016).

Tous nos remerciements au Festival Jean Rouch et à Adélie Taupin pour les sous-titres français du film.

Bande-annonce (vosta)

Ce film fait partie des 5 documentaires sélectionnés pour le festival Fenêtres sur le Japon 2025. Il sera projeté le vendredi 21 novembre 2025 à 9 h dans l’auditorium de l’INALCO (65 rue des Grands Moulins, Paris 13e). La projection sera suivie d’une discussion avec Aki Yoshida (Inalco).

Projection le 28 février 2025 (Orléans)

Projection vendredi 28 février 2025 à 13 h 30 au cinéma Les Carmes (7 Rue des Carmes, 45000 Orléans). La séance sera suivie d’une discussion avec Shimosakai Mayumi, spécialiste de la question des zainichi. (Possibilité de réserver un bentō pour après la séance.)

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Kurdes de Tokyo [東京クルド], de HYŪGA Fumiari

Film primé lors de la 2e édition du festival Fenêtres sur le Japon.

→ Données techniques

Titre original : Tōkyō kurudo [東京クルド]
Réalisateur : HYŪGA Fumiari [日向史有]
Année : 2021
Durée : 103 min.
Pays : Japon
Langue : japonais, kurde, anglais
Sous-titres : français
Production : MAKI Tetsuo [牧哲雄], UEYAMA Emi [植山英美], MOTOKI Atsuko [本木敦子]
Image : MATSUMURA Toshiyuki [松村敏行], KANAZAWA Yūji [金沢裕司], SUZUKI Katsuhiko [鈴木克彦]
Son : MASUKO Akira [増子彰]
Montage : HATA Takeshi [秦岳志]

Synopsis

Au Japon, il est extrêmement difficile d’obtenir le statut de réfugié (en 2019 le taux d’acceptation était de 0,4 %). Ce documentaire, fruit de cinq ans d’entretiens, pointe sa caméra sur la vie de deux jeunes Kurdes qui tentent de vivre à Tokyo. Özhan travaille illégalement dans la démolition de bâtiments dans l’espoir de réaliser ses rêves, tout en luttant contre un fort sentiment d’aliénation vis-à-vis de son père et de la société japonaise. Son ami Ramazan, jeune bachelier empli d’optimisme, souhaite intégrer une école d’interprétariat, tandis que son oncle Mehmet est détenu dans un centre de rétention depuis plus d’un an.

Réalisateur

Né en 1980 à Tokyo, c’est en 2006 que HYŪGA Fumiari rejoint Documentary Japan, l’une des principales sociétés de production télévisuelles indépendantes du Japon, pour laquelle il réalise Devrions-nous prendre les armes ? [Jū wa torubeki ka 銃は取るべきか, 2015] sur la conscription des jeunes durant la guerre civile en Ukraine et Mon voisin syrien [Tonari no shiria hito となりのシリア人, 2016] qui documente une année dans la vie d’une famille de réfugiés syriens au Japon. En 2017, il remporte le prix d’excellence du Forum international du documentaire TokyoDocs pour son court métrage Tokyo kurudo [東京クルド] dans lequel il suit Özhan, un jeune kurde de dix-huit ans résident clandestin à Tokyo, le temps d’un été. Le film est sélectionné au 25e Festival international canadien du documentaire Hot Docs, ainsi qu’au 25e Festival international des cinémas d’Asie de Vesoul. Il poursuit son investigation de la communauté kurde du Japon et développe Tokyo Kurds en long métrage. Le film est sélectionné en compétition internationale au 23e Festival international du film de Jeonju. Il vient de terminer son second long-métrage documentaire I am a comedian [アイ アム ア コメディアン], sur un humoriste japonais censuré par les grands médias pour ses positions critiques vis-à-vis du gouvernement japonais.

→ Bande-annonce (vosta)

Projection mercredi 18 juin 2025 (Orléans)

Projection au cinéma Les Carmes le 18 juin à 19 h 30. La séance sera introduite par Aline Henninger, maîtresse de conférences en études japonaises à l’université d’Orléans.

Projection vendredi 25 avril 2025 (Metz)

Projection le 25 avril 2025 à 14 h 30 à l’Espace Bernard-Marie Koltès (Île du Saulcy, 57 000 Metz). La séance sera suivie d’une discussion avec Mathieu Mallard, doctorant spécialiste du cinéma japonais au Centre de Recherche sur les Expertises, les Arts et les Transitions (CREAT). Projection gratuite sur inscription.

Projection jeudi 10 avril 2025 (Carouge)

Projection le 10 avril 2025 à 20 h 15 au Cinéma Bio (Rue Saint-Joseph 47, CH – 1227 Carouge, Suisse). La séance sera suivie d’une discussion avec Constance Sereni, historienne du Japon, chargée de cours à l’Université de Genève, Faculté des lettres, Département d’études est-asiatiques.

Projection mardi 8 avril 2025 (Bordeaux)

Projection le 8 avril 2025 à 20 h 15 au Cinéma Utopia à Bordeaux dans le cadre de la reprise du palmarès de la 2e édition du Festival Fenêtres sur le Japon. La séance sera suivie d’une discussion avec Fabienne Duteil-Ogata, Ethnologue, Maître de conférences au Département des études japonaises de l’Université de Bordeaux-Montaigne.

Projection mardi 15 octobre 2024 (Paris)

Projection le 15 octobre 2024 à 21 h 15 au Forum des images à Paris dans le cadre de la reprise du palmarès de la 2e édition du Festival Fenêtres sur le Japon. La séance sera suivie d’une discussion avec Nicolas Pinet, sociologue.

Projection jeudi 30 mai 2024 (Annecy)

Projection le 30 mai 2024 à 20 h 30 au Cinéma La Turbine (3 Rue des Tisserands 74960 Annecy). Cette séance fait partie de Japannecy (événement 100% Culture Japonaise à Annecy) et sera présentée par Charlotte Lamotte, anthropologue et spécialiste du Japon, enseignante à l’université de Grenoble-Alpes.

Projection dimanche 7 avril 2024 (Orléans)

Projection au cinéma Les Carmes le 7 avril à 10 h 30. La séance sera suivie d’une discussion avec Aline Henninger, maîtresse de conférences en études japonaises à l’université d’Orléans. (Possibilité de réserver un bentō pour après la séance.)